Articles "hérissoniens"

Que voulez-vous, c’est de sondage !

Mars 2021

Coucou, c’est Hedgie. Je sais, ça fait un bail. Peut-être voulez-vous une explication à cette longue absence ? Si c’est le cas, ce sera alors une déclaration ; celle des Droits Universels du Hérisson. Je cite : si les hérissons naissent libres et égaux en droit, leur constitution fragile les oblige à hiberner (article 1). Et, si à cela vous me rétorquez : « Soit, Hedgie, on te comprend mais c’était long tout de même;  on aimerait bien qu’une telle absence ne se reproduise pas ! », je vous répondrai : « Bien au contraire ! car après avoir dormi tout l’hiver, le hérisson se doit, vite, vite, vite, d’assurer sa descendance (article 2).  En conséquence de quoi, ne vous en déplaise, je vous abandonne une fois encore ; j’ai, au risque de me répéter, des love affaires… à faire.

[…]

Avril 2021

Coucou, me revoilà ! Heu, s’il vous plait, ne me dites pas Oh, Hedgie, tu nous as encore manqué, c’est ce que n’arrêtent pas de répéter les hérissonnes après lesquelles je cours sans succès* depuis un mois à travers la campagne normande. Il me faut le reconnaitre, votre serviteur n’a rien d’un étalon. Aussi, et en dépit du printemps qui pointe le bout de son museau, je vous le dis tout net : j’ai pô le moral. Je me traîne et traîne comme une âme en peine. Y’a d’la joie, bonjour, bonjour les hirondelles, c’est l’amour, bonjour, bonjour les demoiselles, tu parles ! Peut-être par-dessus les toits et dans les ruelles, mais pas au ras du sol où j’en ai ras le bol.

Las, là où le Cotentin reste fort et vert, l’amour n’est pas pour moi for ever. Cet amour, que j’aurais tant voulu déclamer dans toutes les langues, est mort hélas dans l’œuf ; celui de l’ovipare que je ne serai jamais, snif. Je me contenterai donc de le décrire ainsi, et en italien : l’Amore, c’est la mort, hé !

Alors, à défaut de remonter mon moral, ce sera l’allée ; celle qui mène au terrier en bio-brique de mon copain humain. Vive l’amitié ! Quant au printemps… pfff !

[…]

Avril 2021, suite

En plus de temps qu’il ne faut pour le dire, et plus encore pour l’écrire, j’arrive chez Thierry. Étrange ! Il y a du monde dans son jardin. Abrité derrière le tronc d’un pommier, j’observe un bien étrange manège : plusieurs dizaines de jeunes gens (j’en compte une quarantaine) tout de gris vêtus pleurnichent en mimant une découpe d’ognons ! Même si ce ne sont pas les miens, ma curiosité l’emporte. Curieux propos que j’entends : Question des uns : y a-t-il en France quelque chose de positif à ce troisième confinement ? Réponse des autres : à part les tests Covid, non ! – Question des autres : nous sentons-nous noyés sous les contraintes ? Réponse des uns : Oui ! Pas pied, pas pied nous font les gendarmes. – Question des uns et des autres : est-il opportun d’économiser notre argent ? Réponse des autres et des uns : Oh oui ! car rien en ce moment ne nous est épargné. – Questi…  Je n’entends pas la suite : déguisé en fou du roi, mon ami Thierry vient de jaillir d’un bosquet en récitant Du Bellay et en buvant la même chose :

Malheureux qui, aux Ulis, n’a pas fait un beau voyage/Mais est resté coincé, comme beaucoup à la maison/Vivre entre ses parents le reste de son âge/À écouter en boucle jusqu’à la déraison le reste d’un sondage.

Et voilà mon olibrius de copain qui, devant mes yeux ébahis, grimpe sur sa table de jardin, ouvre un journal et lit à voix haute : « Coronavirus – Moral en berne. Après presque trois semaines de confinement et alors que l’épidémie continue de sévir, l’état psychologique des Français se dégrade. Ils sont désormais quarante pour cent à se sentir psychologiquement “moins bien” qu’avant. »*

Oh la la ! Les Français ont le moral dans leurs chaussettes grises. La Covid (et les ognons) leur laisse un goût amer en bouche et un grand vide intérieur.

Mais voilà Thierry qui saute à terre, criant à la cantonade : « Qui m’aime me suive. »

Bon, comme je l’aime bien…

[…]

Avril 2021, suite, suite

J’arrive sur la terrasse remplie d’individus déguisés, les uns en… socquette blanche, les autres en escarpin, tous sautillant sur un air des Chaussettes Noires ! Surréaliste !

Tandis que Thierry, armé d’un porte-voix, escalade (décidément !) la face nord de la table de mixage, la musique s’adoucit et les couples se forment. Je compte bientôt vingt-trois mi-chaussettes ayant trouvé chaussure à leur pied. J’ai un pincement au cœur : y en a qu’on de la chance…

Alors que je les regarde évoluer doucement sur la piste, mon fou du roi  déclame à pleins poumons :

♪ Certains vivent bien le confinement.
Des sondés, quarante-six pour cent
Ont déclaré, s’il vous plaît,
Qu’il n’a eu aucun effet,
Négatif ou bénéfique,
Sur leur état psychologique ♪

C’est alors que déboulent sur la piste-terrasse des bas multicolores et rieurs. À ce stade, plus rien ne m’étonne. Je les vois s’amuser, taquiner les danseurs. Voilà des bas avec le moral au plus haut.

♪ Treize pour cent disent au contraire se sentir mieux, mes frères.
Car, dans ce temps  d’inactivité, l’opportunité leur a été donnée
De se lancer dans de nouveaux projets, ou
À des activités culturelles de s’adonner :
Cinéma – à domicile, et musique, c’est chou !
Et la cuisine, art entre tous plébiscité ♪

La cuisine… Miam, ça me donne faim ! Sauf pour mon estomac, il semblerait que le vide ait ses vertus, incitant les uns ou les autres à mettre à profit une hibernation imposée, et à faire face à l’essentiel et d’aspirer à autre chose. D’ailleurs, à ce dernier titre…

♪ Pour cinquante-six pour cent, cette période d’isolement
A été l’occasion, je l’dis assurément,
De mieux redéfinir ce qui est important,
Et puis de réclamer un radical changement
Dans notre société où tout est à l’avenant ♪

Voilà de belles paroles – promesse d’un avenir meilleur – qui vont vibrer mon cœur. Tiens ! pour un peu, je chanterais moi aussi :

♪ Ainsi, faire face au Covid
Ce n’est pas faire face qu’au vide,
C’est avant tout faire avec.
Co-vide, co-vide, co-vide

Mon vide à moi, s’il était tout à l’heure dans l’étalon, il est maintenant dans les talons. J’ai faim !  De croquettes, et de changement. Pensez-y, vous aussi.

*Pourtant, je ne suis pas difficile : la hérissonne de mes rêves… c’est celle qui veut.

*Si, si, je vous assure que ce sondage YouGov pour le magazine Society existe bel et bien. Il est paru le 30 mars 2021.

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