Paroles de Hérisson

Dérèglement : le climat tique.

Cette année, je vais…

Ça y est ! On est en 2020. Cette année, pour le passage à la nouvelle année, dans mon coin de forêt, avec mes amis les animaux, on a cassé les codes. Pour la première fois de l’histoire de l’espèce animale, nous nous sommes rassemblés pour souhaiter nos vœux ! Je me suis inspiré des rassemblements des humains observés lors de ma dernière visite d’une ville de la Manche (chers lecteurs de mon blog, voyez à ce sujet drôle de climat !). Mes copains et moi avons évoqué nos espoirs, nos rêves et nos résolutions : protéger la nature, avoir de meilleurs rapports avec l’Homme, manger plus de croquettes pour chiens (j’adore ça !), revoir cette jolie hérissonne polissonne rencontrée… Pardon, ce n’est peut-être pas le sujet.
Bref, quand j’ai raconté ça à mon ami Thierry, mon seul ami humain, il m’a fait observer que les hommes, pour la nouvelle année, après s’être remplis de foie gras et d’huitres, s’emplissaient eux aussi de bonnes résolutions… qu’ils s’empressaient d’oublier dès le lendemain.
Sa remarque m’a interrogé : pourquoi la majorité des résolutions humaines étaient-elles oubliées ? A cette question, mon sang de reporter en (et au ras de l’) herbe n’a fait qu’un tour, et moi plusieurs fois celui du jardin ! J’avais trouvé là un nouveau sujet d’enquête : rapporter des résolutions reportées ! Les piquants dressés d’excitation, je m’en suis aussitôt confié à Thierry qui m’a conseillé de trouver un thème précis. Il avait raison. Alors, j’ai réfléchi, réfléchi encore, et soudain dans la nuit de mon esprit… Audi luxe ! ou Fiat Lux je ne sais plus, en tout cas, la lumière fut : je parlerais des COP qui passent et qui repassent et se ressemblent toutes. La raison m’avait mené à elles, comme le vacher ses bêtes au pré ; elles étaient le fruit logique d’un raisonnement mathématique, donc d’évidence ma thématique ! C’est clair, non ?

La COP pour les nuls.

Alors, avec Thierry et ses gros doigts et mes petits yeux à moi, on a fait des recherches sur internet, on s’est perdu dans les méandres numériques, on a nagé la brasse coulée dans les fichiers, à la fin on a trouvé.
Attention à ce qui suit, vous allez transpirer un peu, alors prenez maillot de bain et lunettes et… jetez-vous à l’eau.

            Hé ! dis-moi, c’est quoi une COP ?

En 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est créé pour procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances sur les changements climatiques. Son premier rapport en 1990 reconnaît la responsabilité humaine dans le dérèglement climatique. Il sert de base à l’élaboration de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Cette convention, signée en 1992 à Rio de Janeiro lors du premier sommet de la terre, et ratifiée en 1994, réunit presque tous les pays du monde qui sont qualifiés de « Parties ».

Bon, vous ne savez toujours pas à ce stade ce qu’est une COP. Soyez patient, moi je ne savais même pas que le premier sommet de la terre n’était pas l’Everest, alors…

Les représentants de cette instance se rassemblent une fois par an depuis 1995 lors des « COP » (Conferences of the Parties).

On y est ! Une COP, ce serait en fait un grand rassemblement annuel…

            Ben, à quoi ça sert une COP ?

La Conférence des Parties est l’organe suprême de la Convention, c’est-à-dire sa plus haute autorité de prise de décision. Elle est responsable du maintien des efforts internationaux pour faire face au dérèglement climatique. Elle peut entériner des accords sur la réduction des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, avec des objectifs communs ou différenciés. Elle examine l’évolution de l’engagements des parties à la lumière de l’objectif de la Convention, des nouvelles découvertes scientifiques et de l’expérience accumulée dans la mise en œuvre des politiques dans le domaine des changements climatiques.

En bref, une COP, ce serait un grand rassemblement annuel… de scientifiques et de politiciens…

            Et… ça marche ?

1997 – COP 3 : 37 pays développés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% en moyenne sur la période 2008/2012 par rapport aux niveaux de 1990 (protocole de Kyoto).
2009 – COP 15 : aucun accord global n’a été trouvé (sommet de Copenhague).
2012 – COP 18 : l’Amendement de Doha a prolongé le Protocole de Kyoto. Il porte sur la période 2013/2020 et prévoit pour les pays engagés une réduction moyenne de 18% de leurs émissions par rapport à 1990.

Vous auriez préféré, sans doute, sur ce sujet d’écologie une liste à la Pré vert plutôt que cette longue et terne énumération ? Moi aussi. Courage !

2015 – COP 21 : conclusion d’un accord engageant 195 États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ledit accord « de Paris » est depuis entré en vigueur le 4 novembre 2016.

En fait, une COP ce serait un grand rassemblement annuel… de scientifiques et de politiciens… Les uns ont des idées, les autres ont décidé…

            Et vous connaissez la dernière ?

La COP 25… Elle s’est achevée mi-décembre 2019 au terme de deux semaines de négociations intenses et tendues et de 44 heures au-delà de l’heure de clôture officielle. Au total, peu d’avancées ont été obtenues et beaucoup d’observateurs notent la faiblesse de cette conférence au vu des enjeux, des alertes scientifiques et des attentes, notamment de la société civile. L’ambition n’a clairement pas été au rendez-vous de cette COP. L’urgence de la bataille climatique n’est plus une priorité partagée par tous les pays. Comme attendu, les États-Unis, le Brésil et l’Australie ont tout fait pour saper la dynamique. Mais le plus gênant vient du Canada, du Japon, de la Chine et de l’Inde, qui n’ont pas été à la hauteur pour contrer ces pays. L’Union Européenne, à elle seule, n’a pas réussi à faire basculer le leadership du côté de l’ambition.

Pour résumer, une COP, c’est un grand rassemblement annuel… de scientifiques qui ont vainement des idées, et de politiciens qui ont clairement décidé…
…d’attendre.

« Alors, t’en dis quoi Hedgie ? m’a demandé Thierry, une fois ces recherches achevées.
– Ben mon copain, les COP c’est comme les hérissons ; ça chemine lentement. »
Thierry m’a tapoté l’épaule d’un air entendu (prudent, il avait mis des gants), puis il m’a dit (sans mettre de gant cette fois) que tout bon journaliste devrait avoir une opinion nettement plus étoffée sur son sujet. Encore une fois, il avait raison. Alors, pareil à vous qui vous êtes jetés à l’eau de la connaissance tout à l’heure, je me suis plongé dans mes pensées, prêt à vous éclabousser des conjectures que voici :

COP, pas glop.

En 1995 était la première COP, celle où tous les partis étaient COP1. Tous unis pour la bonne cause ; celle de la planète : une pour tous et tous pour une. Là où il y a une volonté il y a un chemin, affirmaient-ils d’une même voix inspirée : celle de l’engagement. Mais à croire que l’langage ment, car depuis, 25 années ont passés ; et leurs belles paroles aussi.
Force est de constater que les COP ont bien du mal à garder le cap. A qui la faute ? Sans doute au cap lui-même… ainsi qu’aux péninsules, promontoires et autres isthmes bien trop nombreux : ego-isthme, individual-isthme, sceptis-isthme… Disons-le tout net : la dernière COP n’a passé ni celui de 2019 ni celui de la bonne espérance. Il nous faut regarder la vérité en face : les COP illustrent parfaitement l’adage politique : c’est l’intention qui compte, pas la décision. Mais, si on y réfléchit bien, comment pourrait-il en être autrement ?

 Un peintre courtois de la Renaissance ? Oui, un poli Titien.

Comment pourrait-il en être autrement quand les citoyens croient encore aux politiciens malgré tous leurs manquements ? Mais moi, qui ne suis pas croyant, je me demande s’ils ont seulement l’intention d’agir contre les dérèglements climatiques. Après un verre de sérum de vérité, voici ce qu’ils avoueraient sans doute : « Mes chers concitoyens, chaque année qui passe, nous régle-mentons, ne jurant rien d’autre qu’un avenir con, promis. Pendant ce temps-là, le climat tique car rien ne change. A l’heure du numérique, nous, vos responsables, sommes e-responsables. Vous le savez ! et pourtant, vous l’oubliez. Qu’est-ce que la politique sinon le moyen pour des hommes et des femmes sans principes de diriger des hommes et des femmes sans mémoire. Ça, c’est de Voltaire ; qui n’ayant pas voulu l’taire, l’a dit. Et puis, nous sommes devenus au fil du temps marionnettes aux fils du tant de ceux qui, pour en vouloir tant et plus encore, nous manipulent. Je vous l’assure, sur leur échelle de riches terres, votre futur tremble de ne pas valoir grand-chose pour eux. Que voulez-vous, l’organisation du monde est aujourd’hui plus économique que politique. En rien écologique, plus tueuse que vertueuse. En vérité, si nous commandons encore quelque chose, ce n’est rien d’autre que notre café… avec de temps à autre un COP cake. Nous n’avons de pouvoir que celui que vous croyez qu’on a. »

Mais sans doute vais-je trop loin. Excusez mes errements ; je ne suis qu’un hérisson.

La COP est pleine

Pourtant, en tant que représentant des animaux concernés par leur avenir écologique, j’aimerais dire que si le bateau coule, nous aussi on est COP. Dès lors, nous espérons beaucoup de celle à venir : 2020 est l’année de la relève des ambitions climatiques fixées par l’Accord de Paris pour rester sous un réchauffement global de 2°C, voire 1,5°C. Aussi, en cette nouvelle année 2020, je forme le souhait que vos vœux citoyens pour un monde meilleur ne tournent pas en veux économiques et politiques.
Pour éviter cela, nous vous en conjurons, ne vous en remettez pas uniquement aux politiciens pour la sauvegarde de la planète. Au contraire, gardez une large part de votre pouvoir. Si eux ne savent que prendre (leur) part, faites, vous, votre part pour la planète en leur mettant la pression pour qu’ils passent sans plus tarder à l’action et réduisent leurs émissions.

Mais peut-être suis-je dans mes inductions à côté de la plaque. Après tout, je ne suis qu’un hérisson.

Hedge

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