Articles "hérissoniens"

Le futur au conditionnel

 

Summer se meurt   

   Fin août. Bientôt, l’été sera chassé ; le gibier aussi (le méchant chasseur qui, on le sait bien, ne sait pas chasser sans son chien rabâchera bientôt au chat de sa sœur si en mai tu fais ce qu’il te plaît, ce mois-ci c’est mon tour car la chasse… accourt ! alors reste à la maison). Oui, la nature avance à grands pas vers l’automne tandis que ceux des élèves, bien moins pressés, se préparent à reprendre le chemin de l’école.

 

C’est la classe !

   1er septembre. Je suis à contre-courant ; je sors de mon abri alors que c’est la… rentrée ! Et je tombe sur eux, en lisière d’un petit bois, au détour d’un sentier. Les yeux encore embués de sommeil et de souvenirs de vacances, poussés par leur cartable, trainés par leurs parents, ils cheminent à pas lents vers leur école. J’ai l’âme poétique et légère ce matin, je voudrais leur dire de ne pas marcher les yeux fixés sur leurs pensées/Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit. Je les exhorterais à regarder autour de vous, la nature est si belle. Et puis, l’école, c’est bien ! Je souhaiterais que chacun d’eux chante demain le plaisir de s’y rendre. Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne/Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends/J’irai par la forêt, j’irai par la montagne/Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Qu’ils se réjouissent, que diable ! ils vont découvrir tant de nouvelles choses. Bientôt ils sauront lire, écrire et compter, ils apprendront l’état du monde, le sort fait à notre planète. Tout cela les interpellera. Alors, avec et grâce à eux les choses pourront changer, j’en suis certain ; car en apprenant, on comprend, et de la compréhension nait l’action.
  Que voulez-vous, quand je suis à contre-courant, je vois les choses positivement.

 

L’école au logis.

   2 septembre. Aujourd’hui, moi aussi j’ai fait ma rentrée ; dans la maison de Thierry, mon copain humain. J’en ai même fait une autre, au lissé ; j’ai bien aplani mes piquants pour ne pas abîmer le fauteuil Voltaire dans lequel je me suis confortablement installé. Tiens, le chat me regarde, l’œil désapprobateur. J’ai envie de lui dire… souris. Thierry me laisse souvent son logis quand il s’absente. C’est sympa. Un jour, j’ai voulu faire de même. Il m’a répondu ça me fait plaisir, mais ce n’est pas nécessaire de me rendre la pareille. L’appareil, quel appareil ? Je ne lui avais rien emprunté.
   Mais je digresse, letemps passe et j’en suis déjà à ma troisième rentrée de la journée ; littéraire celle-là, car je viens de tomber sur un livre passionnant – enfin, c’est lui qui est plutôt tombé… sur moi. Direct sur le crâne depuis le haut de la bibliothèque. Le poids de la connaissance pèse exactement 325 grammes… et à la taille d’un œuf de pigeon. Aïe !
   Tout cela pour vous dire quoi ? Eh bien que ce matin, je suis comme un écolier : je bosse dur de la tête, mais déjà j’apprends et je comprends.
Et je suis toujours aussi positif.

 

L’école au logise 

   Tome 1 sur 3. Sur la première de couverture d’un joli vert bouteille, une feuille d’arbre argentée. En dessous, un titre : les dossiers verts et noirs de l’écologie.
   J’en lis l’introduction et j’apprends que l’écologie est une science avant d’être une philosophie, une politique ou un mode de vie. Le terme a été créé en 1873 par un biologiste allemand Ernst Haeckel, à partir du grec oikos, maison/habitat et logos, raison. Autrement dit, c’est la science raisonnable des habitats naturels. Plus précisément, c’est la science qui étudie les rapports des êtres vivants entre eux et ceux qui les unissent au milieu inerte (l’air, le sol et l’eau).
   J’en bruisse des piquants. J’apprends encore que dans l’optique écologique l’homme cesse d’être le maître du monde, disposant à son gré du monde animal ou végétal, pour n’être plus qu’une espèce parmi les autres. L’écologique bat en brèche le principe de l’anthropocentrisme, sur lequel a reposé jusqu’ici notre civilisation.
   Je continue. J’apprends aussi que l’écologie, inconnue du grand public voici seulement quinze ans, est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Elle est maintenant à la une des journaux, elle a même envahi la vie politique. L’originalité désormais serait plutôt d’afficher des idées antiécologiques ; nombreux sont ceux qui au fond d’eux-mêmes considèrent les écologistes comme des empêcheurs de tourner en rond ; avec eux, il ne serait plus possible de défricher une forêt ou d’assécher un marais, de construire une marina, une autoroute, ou une centrale nucléaire, sans déchaîner une tempête de protestations.
   Et je comprends… Oui, dès la fin de l’introduction, je comprends que j’ai entre les pattounes un ouvrage d’actualité à mettre entre toutes les mains. J’insiste : à mettre entre toutes les mains ! Oui, oui, il faut le lire ! (Plus le sujet est brûlant…  moins je mets de gants dans mes propos ; je suis journaliste, pas cuisinier !) Il faut que de telles pensées se propagent, essaiment aux quatre vents, soient dites et redites. Ce livre, on devrait le lire et l’expliquer aux enfants dans les écoles car… en apprenant, on comprend, et de la compréhension naît l’action.
   Je l’ai déjà dit ça, non ? Je sais, je radote, mais c’est toujours comme ça quand je suis positif.
    Sauf que…

 

Je suis tombé par terre, c’est la faute au fauteuil Voltaire

– Allons, Hedgie, j’entends à tes propos, toutefois confus, que le doigt de l’empressement t’a conduit de l’introduction directement à la conclusion, puis tout aussi directement chez moi. Mais pourquoi ?
– Parce que, maître hibou, je suis tombé de haut ! – enfin de cinquante centimètres, la hauteur du fauteuil, mais tout de même – quand j’ai lu… à la fin du livre…
– Alors, qu’as-tu lu ? Parle, voyons !
   Il arrive à ce sage des forêts de s’emporter (je l’explique ainsi : quand on a des ailes et qu’on les agitent, on est sans doute plus prompt à ce genre de transport).
– Ça, maitre qu’y bout… hibou… ça !
   Et de pointer un doigt agité sur l’antépénultième page du livre :

Imprimé en Espagne – éditions Famot
Dépôt légal 1979, 3ème trimestre – N° 5009

– 1979 ! Maître, ce livre a été écrit il y a plus de 40 ans ! Il parle du monde d’avant et non de celui d’aujourd’hui comme je le pensais. Pourtant, son introduction reste d’une terrible actualité.
   C’est à peine croyable ! Cela fait deux générations d’humains, et peut-être plus encore, que les hommes savent qu’ils abîment leur planète, qu’il existe pourtant un moyen de se corriger – l’écologie – et… ils ne font rien. L’homme est-il à ce point lent à reconnaître ses erreurs ? Finalement, il n’apprend pas, ne comprend rien et agit encore moins !
   J’étais à cet instant dans le même état qu’après être tombé du fauteuil : à terre. Et atterré. Où avais-je mis mon positif ?
– Hedge, me dit alors maître hibou, laisse-moi te conter ceci.
   Tout animal ou végétal, quand le besoin d’un conseil se fait sentir, va voir maître hibou (pour les plantes, allez savoir pourquoi, c’est lui qui se déplace). Il est, je l’ai déjà dit, un sage, et comme tous les sages, il adore raconter.

 

Chouette, une histoire !

– Cette fable m’a été transmise par mon grand-père qui la tenait lui-même de son arrière-grand-père, et ainsi de suite jusqu’à la rencontre d’un de mes aïeux avec un homme… – à moins que ce ne fut une fontaine je ne sais plus – il y a de cela 400 ans, un jour que le soleil était roi ou le roi soleil, tout cela est un peu confus. Mais écoute, plutôt, jeune Hedgie :

Une Hirondelle en ses voyages
Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu,
Peut avoir beaucoup retenu.
Celle-ci prévoyait jusqu’aux moindres orages.
Et devant qu’ils fussent éclos
Les annonçait aux Matelots.
Il arriva qu’au temps que la chanvre se sème
Elle vit un Manant en couvrir maints sillons.
Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux Oisillons,
Je vous plains : Car pour moi, dans ce péril extrême
Je saurai m’éloigner, ou vivre en quelque coin.
Voyez-vous cette main qui par les airs chemine ?
Un jour viendra qui n’est pas loin,
Que ce qu’elle répand sera votre ruine.
De là naîtront engins à vous envelopper,
Et lacets pour vous attraper ;
Enfin mainte et mainte machine
Qui causera dans la saison
Votre mort ou votre prison.
Gare la cage ou le chaudron.
C’est pourquoi, leur dit l’Hirondelle,
Mangez ce grain, et croyez-moi.
Les Oiseaux se moquèrent d’elle :
Ils trouvaient aux champs trop de quoi.
Quand la chènevière fut verte,
L’Hirondelle leur dit : Arrachez brin à brin
Ce qu’a produit ce maudit grain ;
Ou soyez sûrs de votre perte.
Prophète de malheur, babillarde, dit-on,
Le bel emploi que tu nous donnes !
Il nous faudrait mille personnes
Pour éplucher tout ce canton.
La chanvre étant tout-à-fait crue,
L’Hirondelle ajouta : Ceci ne va pas bien :
Mauvaise graine est tôt venue.
Mais puisque jusqu’ici l’on ne m’a crue en rien ;
Dès que vous verrez que la terre
Sera couverte, et qu’à leurs blés
Les gens n’étant plus occupés
Feront aux Oisillons la guerre ;
Quand reginglettes et réseaux
Attraperont petits Oiseaux ;
Ne volez plus de place en place :
Demeurez au logis, ou changez de climat :
Imitez le Canard, la Grue, et la Bécasse.
Mais vous n’êtes pas en état
De passer comme nous les déserts et les ondes,
Ni d’aller chercher d’autres mondes.
C’est pourquoi vous n’avez qu’un parti qui soit sûr :
C’est de vous renfermer aux trous de quelque mur.
Les Oisillons las de l’entendre,
Se mirent à jaser aussi confusément,
Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre
Ouvrait la bouche seulement.
Il en prit aux uns comme aux autres.
Maint oisillon se vit esclave retenu.
Nous n’écoutons d’instincts que ceux qui sont les nôtres,
Et ne croyons le mal que quand il est venu.

Les hommes sont aujourd’hui
Sur la terre toute entière comme ces petits oiseaux.
Eh bien moi, je les rêve encore plus riquiqui.
Et s’ils devenaient d’entre eux le plus petit ?
En un mot, l’colibri.
L’oiseau-mouche fait sa part : il apprend, comprend, lui,
Et surtout, il agit.
Il ne veut pas, et c’est sain,
Être dépassé demain
Par le pas assez d’aujourd’hui.
(Morale à la Hedgie)

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