De quoi j’me mail !

Arrête de faire l’épitre !

Je sais, je suis en retard pour vous souhaiter mes vœux 2022, mais un hérisson, tout comme l’île éponyme ou le thé du même nom, il parait qu’ceylan ! En tout cas, ce message, envoyé à l’instant du bout de ma p’tite patte depuis l’ordi de mon ami Thierry, il part… excellent !

Vous l’avez reçu ? Ça y est ? C’est rapide, hein ? Ha, magie de l’informatique, sorcellerie 2.0 quand tu nous tiens !

On m’avait dit : vive les courriels, à peine envoyés déjà arrivés ! En plus, ils sont gratuits ; il faudrait être fou pour payer quand il n’y a plus que les courriers qui soient timbrés. En replus, moins d’arbres tués, de transports effectués, c’est plutôt bon pour la planète. Allons ! même les hérissons doivent se mettre au goût du jour ; on n’est plus à l’âge de pierre, encore moins à celui de Paul ou Jacques. Alors, sois sérieux, Hedgie, arrête de faire l’épître !

J’ai écouté ce qu’on m’a dit ; je me suis donc arrêté de faire le clown pour me mettre au cloud !

Le vice et le virtuel

Bien sûr, au début, j’ai eu un peu de mal.
Ben oui, pour un animal qui a les pieds sur terre et le reste au ras du sol, passer du réel au virtuel ne relève pas de l’évidence absolue : il a fallu que je comprenne que pour ouvrir une fenêtre je n’étais pas obligé de me lever, qu’utiliser une souris ce n’était pas de la maltraitance animale, et que fichier n’était pas une insulte.
Mais après que Thierry m’eut expliqué tout ça, et précisé qu’un mail c’est une lettre en fait, il ne me restait plus qu’à savoir laquelle écrire ; c’est qu’y en a vingt-six tout de même !

Enfin, je m’y suis mis. Et j’y ai pris goût ! Je ne suis pas d’un naturel violent mais taper sur le clavier ça me faisait quelque chose.  Et puis, vu comme j’étais emballé, transporté par l’expérience, dès que j’appuyais sur envoi c’est un peu moi qui partais ; m’imaginer à dos de courriel franchir les frontières, m’affranchir des lieues et des lieux, ça m’bottait ! Et quand j’en recevais un, je criais « je t’ai ! » jamais « jeté ! » ; au contraire, je stockais, j’archivais.  
Vous m’auriez vu chantonner Des p’tits mails, des p’tits mails, toujours des p’tits mails… Les picots bien plantés sur ma petite chaise, vissé devant l’écran, j’étais mordu – à croc, quoi ! La vis et le virtuel, la vie c’est le virtuel !

Mais à trop en faire…

La docte heure ; là, docteur

… à trop en faire, je suis tombé malade… pour de vrai, n’en déplaise à Molière ! Nestor le castor bricoleur a pensé que j’avais été mal raboté. J’ai dû le rassurer : je n’avais pas été marabouté. Pour autant, a rajouté mon ami, je te sens aussi perdu qu’un menuisier qui ne sait plus quoi poncer… Allez, comme je m’occupe de toits, je vais aussi occuper de toi. Demain, levé tôt pour le véto. »

Et c’est ainsi que le lendemain, je me suis retrouvé devant le docteur des animaux.
─ Entrez, monsieur Hedge ! Chantez l’alphabet pour voir ce qui vous amène ici. Allons, chantez !
─ Heu.. a, b, c, e, f
─ Hum, vous n’avez pas dit d sur ce qui vous amène ici. H bien, sachez que moi, j’en ai une petite. Mais on n’est pas là pour parler de mon anatomie, plutôt pour ausculter la vôtre. Mmm, mm… si j’appuie là, ça fait quoi ?
─ Aïe !
─ Et là, ça fait… ?
─ Ho… ho !
─ Les symptômes sont clairs : si un aïe des oh, alors un ail des aulx, donc un mail des maux*. Or des maux, c’est des mots, et les mots on les retrouve où ? Ben, sur les mails. Vous voyez, tout se rejoint. Monsieur Hedgie, vous êtes atteint de courrielite aigüe.
─ de… quoi ?
─ de courrielite aigüe. D’écrire, envoyer, recevoir, lire, classer, stocker vous ne pouvez plus vous empêcher. Les mails occupent une large part de votre temps ; vous en êtes inondé et, en retour, vous en inondez les autres. C’est plus fort que vous, vous voulez vider votre boîte, arriver à bout d’une liste qui ne cesse de s’allonger. Au début, c’est joyeux, mais bientôt ça vire à l’obsession, et puis ça finit en oppression. C’est une maladie très répandue chez les humains aussi.
─ Et c’est grave, docteur ?
─ Assez, oui. Les mails polluent la vie ; la vôtre, et plus encore celle de la planète ; et ça c’est pas un plan net. Peu savent ce qui se joue derrière la ligne bleue des montagnes virtuelles de courriels. Pour le savoir, imaginez… imaginez un hérisson qui fait popo dans les toilettes sans avoir baissé sa culotte. Il se concentre, fait sa p‘tite affaire, et quand il se retourne pour observer qui s’est joué derrière, de diou ! c’est propre. Alors, il continue. Mais plus les jours passent, plus il se sent lourd et plus il sent… qu’il y laisse son énergie. Ben, les mails c’est ça : des saletés qu’on chie par millions en pensant que c’est sans conséquence. On ne les voit pas, alors on n’y pense pas, mais jour après jour elles s’accumulent dans des serveurs de plus en plus gourmands qui pompent allègrement les ressources énergétiques de la planète. Alors, tenez, voici de quoi enrayer la maladie !

Sur le coup, je n’ai pas bien compris la métaphore, mais j’ai saisi l’idée ainsi que la feuille de soin qu’il me tendait.
Vous devriez y jeter un coup d’œil vous aussi à cette FEUILLE DE SOIN

*Ce brillant diagnostic médical marche aussi avec un chandail-des champs d’eau, un corail-des TER, un Canada d’rail, etc…

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