Articles "hérissoniens"

Ce matin, à l‘heure où verdit la campagne

 

 

Y a des matins comme ça !

Ce matin, à l’heure où verdit la campagne – c’est joli, hein, ce je ne sais quoi de poétique pas piqué des vers – ce matin donc, je me suis fait réveiller… par des lombrics justement.

Là, dans le pré en contrebas de ma cachette de brindilles et de feuilles, ils étaient des milliers, sortis de terre et de nulle part à se dandiner tous ensemble – main dans la main, enfin, s’ils avaient pu – scandant d’une seule et même voix : allez les vers ! allez les vers !

Autant vous dire que je n’étais pas content ! on n’a pas idée de réveiller ainsi d’honnêtes hérissons un lundi matin 29 juin 2020. Il n’empêche, cet événement était en soi assez singulier pour que le journaliste en moi – qui lui est toujours sur le qui-vive – se mette en émoi.

Et me voilà trottinant à toutes papattes, dans la rosée matinale, en direction de ce curieux rassemblement. Là, je prends un premier ver – je sais, c’est tôt – à partie, lui demandant ce que tout cela signifie. Il me répond qu’il n’en sait absolument rien mais qu’il trouve ça bien. J’en interpelle un autre ; il me dit qu’il est venu parce qu’il a vu de la lumière. Il a dû suivre un ver luisant, me suis-je dit. Quant au troisième, mauvais en orthographe, il m’apprend que… je n’apprendrai rien : on est des vers de… taire, Hedgie, on ne peut rien te dire.

 

Voilà les T, voilà les T, voilà les Tééééé !

Foi de Hedgie, il me fallait une réponse. À quoi tout cela rimait-il ?  Je me suis gratté un long moment la tête, profondément, ce qui a eu pour effet de me creuser les méninges. Et j’en suis arrivé à cette conclusion : filer voir Thierry, mon ami humain !
Vous aurez sans doute remarqué que dans chacun de mes articles, je dis qu’il a raison : un, si je l’écris, c’est que c’est sans doute vrai, et deux, c’est que c’est sans doute vrai puisque je l’écris. Aussi, fort de ce double argument, je ne doutais pas un seul instant qu’il allait apporter une explication plausible à cette étrange histoire.

Quand je suis arrivé chez lui, tenez-vous bien, il se dandinait dans sa cuisine en chantonnant lui aussi Allez les vers ! J’en suis tombé des nues, et sur le postérieur. Allez les vers ! Vous imaginez ?
Mais non, Hedgie, m’a dit-il en riant après m’avoir relevé, je chantais allez les Verts. Avec un ‘t’, tu vois. Ben, non, je voyais pas ! Déjà il n’avait aucune tasse dans la main, et puis j’avais toujours cru qu’il ne buvait que du café… On a un point commun tous les deux, a-t-il ajouté tout en ôtant un brin d’herbe coincé dans mes piquots, on sort juste de la campagne.

Et le voilà, tout excité, qui s’est mis à m’expliquer les élections municipales, la faible participation des électeurs, une représentativité affaiblie des partis, mais la poussée des Verts, leur victoire dans les grandes villes, une légitimité non contestée. Une vague verte jamais vue !!
Je l’ai écouté parler. Évidemment, je ne comprenais pas tout ; je ne suis qu’un hérisson. Bien sûr, foncièrement curieux, il m’était arrivé de réfléchir sur le sujet. À vrai dire, j’avais jusque-là souvent envisagé la politique sous le prisme de l’ambivalence ; comme une curieuse relation entre deux parti(e)s – une sorte de je t’aime, moi non plus – avec d’un côté les citoyens et leurs espérances, et de l’autre, leurs représentants mimant le jeu de l’amour : de grands sentiments doublés de (toutes) petites intentions ; mais aussi comme un son-mirage, un miroir aux alouettes, lancée par un appeau, l’appeau litique*

Mais je devais certainement me tromper. Comment un mammifère insectivore pouvait-il seulement imaginer cela ?

 

Du vert sur tous les t(h)ons

En tout cas, Thierry était heureux, alors pour montrer que je partageais sa joie, et peut-être aussi la prolonger – je sais être aimable – je lui ai dit que j’aimerais bien savoir qui étaient ces Verts. Et le revoilà, re-tout excité qui s’est remis à parler. On aurait dit un dictionnaire, genre Petit Thierry illustré.

Les Verts, nm, plu : citoyens faisant de l’écologie politique. Ce courant allant bien au-delà de la défense de l’environnement, les Verts militent pour que la société s’achemine progressivement vers un mode de vie durable en résolvant par l’action politique les déséquilibres sociaux et environnementaux. Selon eux, un monde dans lequel subsistent de profondes inégalités sociales, un monde qui n’atténue pas son empreinte écologique n’est pas viable.

À nouveau, j’ai pas tout compris, mais… ça m’a paru bien. J’allais le dire à mon ami quand il s’est passé un truc invraisemblable ; j’ai mis ma patoune sur le cœur et ma petite bouche s’est ouverte toute seule pour déclamer, en mode automatique : « Thierry, les résultats de ces élections, c’est la victoire de l’écologie qui va devenir un point pivot dans la reconstitution du paysage politique – crochet, point, point, point, crochet – je pense qu’il est normal que, à un moment ou à un autre, l’histoire rende justice à l’écologie et aux écologistes, parce que la réalité démontre que tous ces lanceurs d’alerte avaient raison – crochet, point ..] – le gouvernement rentre enfin dans une mutation qui doit être radicale dans ses objectifs, parce que l’enjeu écologique n’est pas un petit problème, mais un problème majeur […] *»

 

Tous les espoirs sont verdis 

Incroyable ! J’étais devenu l’espace d’un instant Hedge-anne d’Arc : j’avais entendu des voix !
Je ne me serais jamais cru capable de parler ainsi ! Il faut dire que les animaux et les plantes ne font pas de politique. L’Homme fait la politique et les lois, la Nature fait l’apolitique ; elle n’a d’ailleurs qu’une loi, immémoriale, immuable : la sienne. Non, pour nous la politique n’est pas naturelle, même si – je le reconnais – elle fait beaucoup foin… dans les prés carrés des politiciens.

Finalement, ai-je conclu en mon for intérieur, la politique n’illustre rien d’autre que les hésitations des hommes face à leurs choix ; tantôt un pas à gauche, tantôt à droite, des fois dans tous les sens. Alors que dans la nature, il n’y a ni droite, ni gauche, ni centre, il n’y a qu’un seul parti : celui du bon sens.  

Mais force m’était de reconnaitre que les humains y tenaient à leur politique. Et ça, ce n’était pas près de changer. Donc, me suis-je dis, sois pragmatique Hedgie, vois le vide à moitié plein de vert plutôt que le verre à moitié plein de vide, et profite de l’instant, fais comme Édiem (c’est ma copine carpe Édiem). Après tout, le vert c’est quoi ? De l’espoir coloré. Et les Verts ? Une pluralité d’espoir. Cette vague verte c’est une onde d’espérance écologique pour les citoyens. Et puis, c’est tout de même mieux que la vague politique écolo(pas)logique actuelle.
Alors, je me suis mis moi aussi à danser avec mon copain Thierry qui avait fini par se remettre de ma tirade hallucinée. Ensemble, on s’est mis à crier super, super, super !  (Oui, on a fait le plein de super… Je sais, pour le coup ce n’est pas très écolo) et on a formé le vœu que les Verts, après avoir pris les voix des électeurs prennent une ultime voie : celle de la sagesse dans l’intérêt de la planète et de ceux qui y vivent.

Plus tard, de retour à ma cachette, je me suis aperçu que j’avais complètement oublié de demander à Thierry une explication au sujet des lombrics. Bah ! en vérité, ce n’était pas important ; ces vers n’existaient que dans mon esprit, il m’avait juste servi à faire l’introduction de cet article que j’avais d’ailleurs décidé de renommer. Je pensais mettre : Ce matin, à l‘heure où verdit la campagne… municipale. Vous en pensez quoi ?

Hedgie

 

*L’appeau est ce petit instrument à vent ou à friction qui imite le cri des oiseaux et des mammifères pour les attirer. L’appeau litique (qui souvent d’ailleurs crée du vent et de la friction) agit de manière identique en cherchant à rendre séduisant ses propos. 
*Propos honteusement volés à l’ex-ministre de l’écologie, Nico Hulot.

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