Articles "hérissoniens"

À vos masques ! prêts…

Ça fiche les Corones !

Foi de Hedgie le hérisson, les humains sont tout de même de drôles d’ongulés rayés. Avant de prendre ombrage de cette comparaison, ô zèbres de tout pays, laissez-moi m’expliquer : en mars dernier, à l’heure printanière où fleurs, arbres et animaux de tout poil et tout pique pointaient bourgeons et bout du nez, les humains, eux, se cloîtraient dans leur terrier. Avouez que c’est curieux ! Si cette explication ne valait que pour l’hémisphère nord (où parait-il vivent peu de zèbres), le constat demeurait néanmoins le même dans l’autre hémisphère.

Du jamais vu !
Dans ma forêt, les feuilles en bruissaient d’étonnement, mes potos les animaux en étaient gueule bée. Tous voulaient savoir ce qu’il en était, du coup, j’ai rappliqué à toutes pattes chez Thierry, mon copain humain pour avoir le fin mot de cette histoire. Il me l’a donné : con-fi-ne-ment. Devant mon air ahuri, il a développé, m’évoquant les mesures gouvernementales, l’économie mondiale en berne, les malades et surtout, les morts et leur cause : le Coronavirus. Effrayant ! Triste aussi. Les humains ont beau faire peu de cas des animaux, nous, quand un malheur s’abat sur eux, on est volontiers empathique. « Tu sais Hedge, a-t-il conclu, tout n’est pas noir. Des valeurs refont surface : solidarité, partage, cohésion. Il y a l’espoir aussi ; celui d’un vaccin.  Alors, ne cédons pas à la panique. »

N’empêche, au risque de vexer les ruminants et équidés des environs, je constatais que le virus se développait vachement vite, et que la crise était galopante. « Et si tu écrivais un article sur le sujet, m’a suggéré alors mon ami, avant d’ajouter, mais pour l’heure, prenons le temps de… l’apéro. Qu’est-ce que tu veux ? » L’apéritif, un mot que je m’étais mis à apprécier au contact des humains qui le déclinaient à tous les temps (de la journée) et à toutes les sauces (surtout la mayo, pour les carottes), et plus encore en cette période où les skype-apéros fleurissaient plus vite que le magnolia ou la tulipe !
J’ai pris du lait, et en guise de cacahuètes, des croquettes pour félidés, j’adore chat. C’est au moment de trinquer, moi avec ma tasse, lui avec une bière, que je me suis planqué sous le canapé, les piquants tout tremblotants. C’est que moi, je ne faisais pas encore la différence entre le et la Corona ! Pas céder à la psychose, il en avait de bonnes, Thierry. Ok, mais alors quand les Mexicains auraient changé le nom de leur bière !

Jour du muguet, 1er « mais« 

Écrire un article.
Il avait raison Thierry. Le hérisson-journaliste que je suis se devait de rédiger un papier sur le virus. Je savais que mes homologues humains allaient tout raconter vite, vite, vite sur le sujet, en long, en large (et aussi de travers) mais moi, je voulais prendre le temps de choisir le meilleur angle de vue.

Nonobstant mes piquants et ma couleur terne, je suis quelqu’un doux-vert qui se veut non obtus question angles. Ce qui fait que, bien souvent, c’est en les arrondissant à les polir jusqu’à la trame que je trouve celui qui me correspond. Vous me suivez ? Je sais, quand j’écris, j’ai souvent tendance à faire des rallonrcis, des raccourcis à rallonge, alors, je vous la fais courte cette fois-ci : j’allais parler du Coronavirus sous le point de vue du… pangolin. Interviewer l’animal, il était là mon angle !

Bon, ça c’était en mars dernier. À mon retour, jour du muguet, j’arrivais à pied de la Chine, crevé, crotté, et sans contrepèterie*. Ah ! je vous en aurais fichu du 1er mai, « retour du bonheur » qu’y disaient. Je vais vous dire comment il était le mien, de retour : triste et décevant. C’était d’ailleurs plutôt un 1er mais pour : mais où étaient passés les pangolins ? Juré (mais pas craché), pas un à l’horizon du Soleil-Levant ! J’en avais le museau désappointé. Tout ça pour rien ! Et pire encore, durant mes six semaines d’absence, tout avait été écrit, dit, montré sur le Coronavirus. Il me restait quoi à moi ? à rester coi !

Covid-19 et Covid vain

Mais il était hors de question que je renonce. L’honneur des hérissons était en jeu. J’écrirais un article sur le Covid coûte que coûte. Je devais trouver un autre angle.
Alors, j’ai essayé…
L’angle viral : mais, à cause du virus, les chercheurs se prenaient pour des gymnastes. Cul par-dessus tête, ils sautaient d’une hypothèse à une autre pour trouver un vaccin qui jouait les fils de l’air. Ils n’avaient pas de temps à m’accorder. Je suis passé à autre chose.
L’angle médical : hélas, les médecins se prenaient eux pour des coureurs automobiles, prenant les virals à fond. Sollicités, comprimés par les malades et la pression, j’ai craint que chacun d’eux ne devienne im…patient. Un comble pour un médecin. Non, je ne pouvais décemment pas leur demander plus qu’ils ne donnaient déjà. Il me fallait plutôt essayer…
L’angle originel (à défaut d’être original) : il se disait dans les milieux bien informés que le virus serait originaire non pas de Chine mais de Russie. Alors, rédiger un papier sur la vie russe du Corona ? J’hésitais.
L’angle linguistique ? À cause du virus, la langue française évoluait : « bisou* » devenait bise où ?  – « ne te mouche pas du coude » prenait un tout nouveau sens – des expressions disparaissaient : « à bientôt », « on se rappelle, on se fait une bouffe ». J’hésitais toujours.

Alors, quel angle ? triangle ? acutangle ? mangle ? dessangle ? Angleterre ? Pffff, j’en avais assez de chercher des angles dans tous les coins. Ce serait… l’angle taire, voilà. Je ne dirais rien, n’écrirais rien ! Je ne trouvais aucun sujet intéressant. Aucun article de fond digne de ce nom, à peine un de forme. Mais, mes lecteurs se seraient-ils intéressés à la transformation physique de ces adultes de sexe masculin qui, bloqués à la maison depuis l’arrivée du Covid-19, étaient passés au Grobid-19 ?

Non, je n’avais plus qu’à abandonner. À moins que…

L’avenir de la planète et de l’humanité, doit-on aussi s’en laver les mains plusieurs fois par jour ?

Il me restait encore un angle à essayer ! Et c’était…

L’angle mort ! Cette zone inaccessible au champ de vision d’un conducteur est aussi celle qui m’avait caché l’évidence : mon sujet d’article sur le Covid-19 ne pouvait être que… le récit de mon voyage jusqu’en Chine, pendant le confinement !

Bien sûr ! je pouvais raconter ce que j’avais vu durant mon périple. Que, sous l’action du virus, en même temps que l’économie se mettait à tousser, la planète se sentait bien mieux. Que sous mes yeux voyageurs s’étaient résorbées de vilaines tâches noirâtres gorgées aux particules fines, aux gaz à effet de serre et autres polluants : la vallée du Pô, poumon industriel italien crachant nuit et jour son infection, respirait plus facilement ! En arrivant en Inde, j’avais même aperçu l’Himalaya ! Et en Chine, Beijing, de fantôme était devenu linéaments.
Je l’avais senti au fond de mon être, la planète était heureuse de ce repos imposé, de ce temps de respiration inattendue. Son cœur battait de joie, faisait boum boum sous mes petites pattes !

Bien sûr ! je pouvais raconter aussi ce que j’avais entendu. Le bruissement du silence ! Partout où j’étais passé, indépendamment des langues et des mœurs pourtant des plus variées, il était le même. Partout, la vie ralentie, quasi immobile l’avait imposé. Il distillait un sentiment de tranquillité, de lenteur  agréable. Et, moi la lenteur, avec une hauteur sur sol d’à peine trois centimètres, je la connaissais bien. Mais les humains, enfermés dans leur immédiateté, leur rapport au temps écrasant, n’en avaient-ils pas oublié les vertus ? Cela m’avait interrogé : et si… la planète cherchait à communiquer avec les hommes à travers le virus et ses symptômes respiratoires ? Chers humains, dans « haletant », il y a a le temps, alors ralentissez ! Et vis à vis de votre façon de consommer la vie, prenez de la hauteur ; dans  « éternuer », il y a éther/nuées.

Oui, je pouvais raconter tout cela. On pourrait évidemment me rétorquer que tout n’était qu’élucubration hérissonienne, ajouter qu’il était bien trop tôt pour tirer les éventuelles leçons des effets de la pandémie tant sur le climat que les hommes, et blablabla. Tout de même, en ces temps suspendus au fil du rasoir des évènements, ces questions d’équilibre ou de rééquilibre tout un chacun devrait se les poser, non ?

Allez de l’avant, « passé » à l’avenir 

Dans quelques jours sonnera l’heure du déconfinement, alors en attendant, si vous essayiez d’imaginer ce que pourrait être l’à venir :

□ Anti- deviendra préfixe d’opposition et d’apposition. Exemple : un masque anti-Covid et anti-…ssus ;
□ On verra bientôt apparaitre des blagues du genre :
          « Dis, le Covid, on en a jusqu’à quand ?
          ─ Jusqu’à Caen ! Alors ça va, moi j’habite plus au Nord ! »
□ Dans moins de neuf mois, y aura plein de bébés à déconfiner ;
□ Les habitudes ayant la vie dure, elles reviendront aussi vite qu’une… marée qui monte à cheval au gala. Heu… un cheval qui se marre au galop… enfin, un truc comme ça ;
□ Dans un temps que les moins de vingt ans ne connaitront p’têt pas, l’être humain renaitra du ventre de mère nature portant dans ses bras et son cœur une prise de conscience toute neuve.

(Cochez la bonne case)

Bon, ben, c’est pas tout ça, mais j’ai un article à écrire, moi.

À la prochaine.

Hedge

* Si la contrepèterie vous en dit : essayer d’arriver à pied de la Chine
* Le bisou, expression intournable – comme l’apéro – de ce qu’est l’accueil à la française, s’il venait à disparaitre, entrainerait dans sa chute des dizaines d’expressions enfantines et charmantes comme celle-ci : non ! je ne veux pas embrasser mamie, elle pique.

Une réponse à “À vos masques ! prêts…”

  1. CAHE dit :

    Je n’en reviens pas : il faut beaucoup d’idées pour écrire tout cela…
    Le sujet t’a beaucoup fait cogité…. ( il a fallu) que je relise 2 fois et ce n’est pas de trop.
    Je le relirai encore plus tard….
    Continue : tu es plein d’idées et c’est rigolo ( assez souvent dans le récit) en ces temps de crise : çà fait du bien.

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